Dans une décision historique pour l’intégrité juridique internationale et la restitution de biens historiques, un tribunal fédéral argentin a ordonné le retour d’un chef-d’œuvre du XVIIIe siècle à l’héritière légitime d’un marchand d’art juif néerlandais. Le juge fédéral Santiago Inchausti a ordonné que la peinture à l’huile, Portrait d’une dame de l’artiste italien Giuseppe Ghislandi, soit restituée à Marei von Saher, unique héritière survivante du célèbre galeriste d’Amsterdam Jacques Goudstikker, dont la collection de renommée mondiale a été systématiquement pillée pendant l’occupation nazie des Pays-Bas.

Renseignement en source ouverte et précision d’enquête

La résolution de cette quête de plusieurs décennies met en lumière la puissance du renseignement moderne en source ouverte (OSINT) et du journalisme d’investigation dans la traçabilité des biens spoliés. L’œuvre d’art a été redécouverte après qu’un média néerlandais l’a identifiée sur une photo illustrant une annonce immobilière résidentielle à Mar del Plata. Les autorités judiciaires argentines ont agi promptement, ordonnant des perquisitions qui ont permis de récupérer le tableau et d’inculper ses occupants, Patricia Kadgien et son époux Juan Carlos Cortegoso, pour recel. Patricia Kadgien est la fille de Friedrich Kadgien, un ancien conseiller financier de haut rang d’Hermann Göring qui gérait les biens spoliés sous le régime nazi.

Précédent juridique et responsabilité régionale

En vertu d’un accord homologué par le tribunal, la défense a intégralement renoncé à toutes ses prétentions légales sur le tableau et a accepté d’effectuer un don philanthropique de 4,8 millions de pesos à des institutions médicales locales. L’œuvre a été placée sous la garde de la Cour suprême d’Argentine en vue de finaliser les protocoles de restitution. Cette affaire établit un précédent juridique majeur en Amérique du Sud, démontrant comment des cadres juridiques modernes et une coopération judiciaire rigoureuse peuvent traiter de complexes spoliations historiques, faire respecter le droit de propriété et combler des failles de longue date liées aux réseaux de fugitifs de l’après-guerre.